Moi, Mary W. S. , future mère d’un monstre

Deuxième volume de la série « Chrysalide », consacré à celle qui conçut Frankenstein :

Présentation Chrysalide Moi Mary W S MAI19

Couverture Mary W S

Connaissez-vous vraiment Mary Wollstonecraft Shelley ?

Découvrez l’enfant et l’adolescente que Mary Shelley fut avant d’écrire le célèbre Frankenstein : la disparition prématurée de sa mère, Mary Wollstonecraft, qui signa un manifeste pour le droit des femmes, les tensions d’une famille recomposée, la maladie, sa fuite en Europe avec le grand poète Shelley, les morts tragiques qui l’entourèrentUne vie qui rappelle les romans gothiques qu’elle aima tant lire en Écosse…

Chères lectrices, chers lecteurs, êtes-vous prêt(es) à rencontrer la jeune fille qui bouleversa le monde de la littérature ?

À destination des collégiens et des lycéens (et à partager en famille!), la collection « Chrysalide » est dirigée par Morgane Leray, docteur en langue et littérature françaises et enseignante à l’ÉSPÉ d’Aix-Marseille Université. Écrites à la première personne, fondées sur une chronologie et des anecdotes documentées, les « lettres imaginaires » qui composent chaque volume reconstituent les vingt premières années des grands écrivains. Avant d’être reconnus, les « classiques » furent des enfants et des adolescents comme les autres : une autre manière de découvrir ces auteurs, pour mieux apprécier leur œuvre…

ISBN 978-2-490685-02-8                                         Prix : 10 euros

Extrait 

Lettre 21 : Partir, loin !

Douvres, le 28 juillet 1814

                                   Chère Maman,

Je t’écris tant qu’il m’est possible de le faire…

Ce matin, à quatre heures, Shelley nous attendait, moi et Jane, dans une calèche, devant son logement de Hatton Garden.

Comme les jours précédents, Jane avait joué les messagers, en transmettant secrètement à chacun les lettres de l’autre. Le 19, je recevais une lettre enfiévrée de Shelley, me promettant de m’enlever des griffes de ces êtres sans cœur, qui ne comprenaient pas notre amour : « Partons, Moonshine1 ! Partons, loin, loin, mon amour ! Seule ta mère nous aurait compris : retournons sur ses pas, partons en France ! De là, nous rejoindrons la Suisse : j’y ai des amis fidèles. Nous pourrions remonter le Rhin, suivre pas à pas la route que prit ta mère, vivre son récit, A Short residence! De grâce, Mary : partons ! Je ne peux pas vivre sans toi… Je n’y survivrais pas… ».

Sur le moment, s’il avait été en face de moi, je lui aurais sauté au cou, je l’aurais couvert de baisers, je l’aurais supplié de partir sur-le-champ !

Puis, j’ai commencé à penser à mon père, à mes sœurs, à petit Will… le chagrin les dévasterait, la honte aussi : que dirait-on de moi ? Quels reproches ne leur ferait-on pas sur mon éducation, dont on se défiait déjà ?

À nouveau, j’ai pensé à Shelley. Il a déjà attenté à sa vie… et s’il recommençait ?

Je nous imaginais, enlacés sur le bateau qui nous mèneraient à Calais ; je nous voyais arpenter les routes de France, que tu as toi-même prises, ma chère maman, il y a de cela vingt ans ! Je nous voyais enfin libres de nous aimer au grand jour, de passer tout notre temps ensemble, nos journées, nos nuits…

Quand j’ai donné ma réponse à Shelley, il s’est empressé de préparer notre fugue : le voyage jusqu’à Douvres, l’argent pour le bateau, pour nos frais une fois en France, ses contacts en Suisse… Il voulait partir le 27 juillet, premier mois anniversaire de notre union ! Bysshe est si tendre, si attentionné… Le rendez-vous fut finalement fixé dans la nuit du 27 au 28.

Quand quatre heures sonnèrent, j’étais déjà prête depuis des heures, assise sur le bord de mon lit, ma valise à mes pieds. Je regardais fixement dans le vide, tiraillée entre le désir de le suivre et la peur. La peur de ce que je laissais, la peur de ce que je trouverais là-bas…

Je me suis levai, comme un automate. Je me sentais vide. Quand j’ouvris la porte, Jane guettait : nous avions promis de l’emmener avec nous, elle qui avait tant aidé à l’éclosion de notre amour. Un mélange d’excitation et de peur se lisait dans son regard. Elle avait l’air vivante ; je me sentais morte.

Lorsque nous arrivâmes sur le palier de l’escalier, je sentis comme une main serrer mes entrailles ; chaque marche, que nous descendions sur la pointe des pieds, avec les plus extrêmes précautions pour éviter que le plancher ne craque, serrait davantage encore l’étau douloureux. Je pris Jane par le poignet et l’entraînai dans le bureau de papa : nous nous tînmes silencieusement devant ton portrait, chère maman…

Jane me lançait des regards d’incompréhension, pressait ma main comme en une supplication muette, puis désignait la porte, cette porte qui nous conduirait à Shelley, à l’amour, à la France… à l’exil et à l’infamie, aussi. Je détournais les yeux de ce seuil et les posais à nouveau sur ton portrait, sur ton expression calme mais déterminée, sur ton regard perçant, fort et mélancolique à la fois.

Jane et moi portions des robes de soie noire… la couleur de la nuit, pour nous déplacer en toute discrétion… la couleur de la mort aussi… Car franchir le seuil de cette maison était déjà une première mort : rien ne serait plus comme avant, je ne savais même pas si un retour était possible. Je mourrais à une partie de moi, à mon enfance, à mon innocence… peut-être même à ma famille ! Papa voudrait-il me revoir ?

Ce n’est qu’au bout d’une heure que je pris ma décision.

[…]

1 « Clair de lune » est l’un des surnoms que Shelley donne à Mary.

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